Après avoir été formé académiquement à la peinture occidentale à l’Université de Chungnam, Noh Sanghee délaisse peu à peu la seule pratique du dessin et de la peinture, qui lui semblaient corseter son expression, pour s’intéresser particulièrement aux dispositifs et à l’art numérique, à tous les croisements qu’il se pourrait faire entre les médiums, jusqu’à être aujourd’hui, pleinement, un artiste d’installations.
Cela ne signifie pas ici la désincarnation, bien au contraire, son travail est éminemment personnel et ne cesse d’interroger sa place, et la nôtre, dans la société. Le monde, dans la perception de Noh Sanghee, est devenu le lieu d’expositions à toutes sortes de contraintes devenues purement systémiques, qu’il s’agisse de la pollution des particules fines, microscopiques et donc invisibles, ou de ce qu’est d’être une femme rentrant seule chez elle le soir, sentiment la plupart du temps abstrait pour qui est un homme comme c’est le cas de Noh Sanghee. Il s’intéresse à cet intangible que l’on ressent on ne peut plus concrètement sur soi et dans son intériorité.
Aussi son œuvre cherche à décoder pour le restituer dans le monde sensible tous ces systèmes qui nous pèsent. Le monde est particules, atomes, poussières dans le monde matériel, mais aussi pixels, code, dans l’immatériel, et dans notre présent de flux constants et dématérialisés il était naturel que l’art numérique notamment soit parmi les meilleurs médiums pour exprimer ce qui nous travaille de l’intérieur. Data, fractales, oscillations, langage binaire composent en quelque sorte sa palette qu’il restitue en jeux de lumières et de sons, accordant une grande importance également à l’élément liquide, en surface de projection en même temps qu'oscillogramme vivant. Il trouve ainsi des moyens de mettre en espace et sensations les mesures de particules fines saturant l’air, l’électrocardiogramme de femmes racontant des expériences traumatiques, incorporant aussi dans ces ensembles des œuvres peintes et dessinées, comme pour figer un peu d’immanent dans l’impermanence.
Il ne faut pas, chez lui, se leurrer sur la froideur apparente des concepts. C’est une œuvre extra-sensible au sens littéral des termes, à laquelle GartGi est fière de donner accès en exclusivité : non seulement une pièce sérielle de l'exposition Micro Dust 2017, mais aussi plusieurs aquarelles spécialement réalisées pour GartGi.